Pénurie d’infirmières et… accommodements
Je crois qu’il est encore temps de réagir devant ce fait vécu au CLSC Memphrémagog. Ça s’est passé, il y a près de deux ans. Ma fille, bachelière en Sciences infirmières, alors employée au CHUS depuis 23 mois, aspirait travailler au CLSC de son milieu. Elle fut convoquée en entrevue et répondait aux critères d’embauche.
Verbalement, elle était retenue, sauf qu’il fallait attendre les résultats du test d’anglais (oral et écrit) passé chez les Townshippers à Sherbrooke. Ayant travaillé au Centre hospitalier de Cowansville durant l’été précédent et satisfait autant son employeur que les bénéficiaires tant anglophones que francophones, constatant l’attitude très positive à la suite de l’entrevue, la réponse fut d’autant plus saisissante quand elle apprit que sa candidature était rejetée.
Elle n’avait pas réussi le test d’anglais, elle ne répondait donc plus aux critères de compétence. J’y vois ici de la discrimination systémique à l’embauche pour ceux et celles qui ont fait leurs cours dans une institution de langue française du Québec. On n’est pas sans ignorer que les livres et les documents de références sont, pour la majorité, en anglais. S’offrant à suivre des cours d’appoint en anglais, leur rappelant son passage à Cowansville, milieu plus anglophone, la décision du CLSC demeure. Donc, compétence première ou équivalente: l’anglais. J’ose croire que les anglophones n’en demandent pas autant et que la majorité d’entre eux comprennent mon indignation en s’imaginant vivre la situation inverse. Ma fille a donc continué au CHUS où elle répondait aux exigences de la profession. Peu de temps après, elle entreprit la même démarche au CLSC de Sherbrooke où la compétence en soins infirmiers est prioritaire. On lui a demandé, bien sûr, où elle en était avec l’anglais. «Je ne suis pas bilingue, mais fonctionnelle en anglais et en espagnol.» Une semaine plus tard, elle commençait au CLSC de Sherbrooke. Elle en est très heureuse, d’autant plus que l’accueil fut très intégrateur. Elle s’y sent compétente, pas seulement bilingue.
Je ne suis pas seulement blessée en ce qui nous concerne personnellement, mais aussi pour tous les francophones obtenant en deçà de 3.5/5 au test d’anglais et qui sont victimes de cette exigence discriminatoire. Cette institution francophone sert très bien les deux groupes linguistiques de la communauté, et ce, depuis ses origines. Je suis aussi très attristée par le statut réservé à notre langue, le message lancé aux futurs étudiants en Sciences infirmières et à l’avenir de nos cégeps et universités francophones.
Selon moi, ces postes exclusifs sont un accommodement destructeur pour nos institutions québécoises de langue française et n’aide en rien la pénurie d’infirmières.
Armandine Huard,
Magog