Version envoyée au courrier des lecteurs du Devoir. Ne sera probablement jamais publié car les amis de Lulu siègent au conseil d'administration.
Tendances lourdes
Le recensement de 2006 vient confirmer ce qui se voit à l’œil nu dans les rues de Montréal; le français régresse et l’anglais progresse. Les statistiques ont été abondamment citées. Mais que signifient les tendances mises en évidence recensement après recensement? Deux choses :
1) La Canada français est un concept qui a vécu.
Le français hors-Québec est en train de disparaître. À preuve, à l'extérieur du Québec, entre 1951 et 2006, la proportion de Canadiens de langue maternelle française est passée de 7,3 % à 4,1%. En 50 ans, la proportion de francophones à l’extérieur du Québec a presque été divisée par deux. Le français langue d’usage recule encore plus nettement. Malgré les combats courageux des organismes de francophones hors-Québec, on ne voit pas comment cette tendance pourrait être renversée. Une communauté linguistique a besoin d’institutions pour vivre et s’épanouir, et à défaut d’un réseau d’écoles, de collèges, d’universités, d’hôpitaux de langue française à l’extérieur du Québec, les francophones hors-Québec sont condamnés.
2) Au Canada et au Québec, le poids politique des francophones diminue.
Au Canada, le français langue d’usage est passé de 26% de la population en 1971 à 21% en 2006, il s’agit d’une baisse de 20% en 25 ans. Le poids politique des francophones va continuer à décroître avec leur poids démographique. Si la tendance se maintient, dans 25 ans, les francophones formeront seulement 17% de la population canadienne. Difficile de croire qu’un appui des francophones sera encore nécessaire pour former un gouvernement majoritaire au Canada.
Au Québec, entre 2001 et 2006, la proportion de personnes parlant français à la maison est passée de 83,1 % à 81,8%. Il s’agit d’une chute de 1,3 points en 5 ans, soit presque 1,6 % de l’effectif. Il s’agit d’une baisse substantielle. À ce rythme, en une génération, les francophones ne représenteront plus que 74 % de la population du Québec environ. Les transferts linguistiques, qui se font à 51% vers le français, ne changeront rien à l’affaire. Si les taux d’immigration augmentent comme le veut le gouvernement Charest et que les anglophones ne migrent pas massivement vers les autres provinces, la chute sera encore plus rapide.
Le gouvernement Charest voit dans le recensement de 2006 « des bonnes nouvelles ». Ne nous méprenons pas : il est connu que l’alternance politique devient improbable quand la proportion de francophones dans un comté représente moins de 75 % environ. La langue parlée à la maison étant le principal déterminant du vote, les données du recensement indiquent que la base électorale des libéraux se raffermit et que celle de l’opposition s’effrite. Voilà de bonnes nouvelles pour le parti libéral.
La population totale du Québec est de 7 433 216 personnes environ. Il faut songer qu’une perte de 1% du poids relatif des francophones est égale à 74 332 personnes. Pensons que l’écart entre le OUI et le NON au référendum de 1995 représentait seulement 54 000 voix. Il aurait suffit que 27 000 votes changent de camp pour que le Québec soit maintenant un pays indépendant. Pour atteindre 50% +1 voix, les francophones devront maintenant être nombreux à voter OUI à chaque année.
On peut penser qu'à partir de 75% de francophones seulement, tout référendum deviendra presque impossible à gagner car il faudrait presque 67% de OUI chez les francophones pour atteindre le 50%+1.