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Gabrielle Roy

Michel Lapierre du Devoir recensait récemment (édition des 13 et 14 octobre) Heureux les nomades et autre reportages (1940-1945) recueil de textes journalistiques de Gabrielle Roy.

Cette écrivaine franco-manitobaine, on le sait, a été l’auteure de quelques romans marquants à une époque où le «Canada français » d’alors n’avait pas encore de littérature. Elle a aussi été, on le sait peut-être moins, une farouche adversaire de l’idée d’indépendance du Québec, où elle a pourtant passé l’essentiel de sa vie adulte. Ce qui n’a pas manqué de choquer ceux pour qui l’amour de la langue, c’est-à-dire l’amour de la culture, allait de pair avec la volonté de sa sauvegarde, sauvegarde qui passe nécessairement par l’indépendance du Québec1. Comment, en effet, réconcilier le fait d’écrire en français avec la volonté de bloquer l’émancipation politique de la seule collectivité de langue française en Amérique? Il semble qu’on ne puisse réconcilier ces deux faits divergents que par une fuite dans le mysticisme ou par la négation du réel2. Gabrielle Roy, en effet, a choisi les deux. Elle écrit : « Le jeune Canadien français né dans l’Ouest parle quelquefois l’anglais tout aussi bien que le français, sinon mieux », faisant ainsi abstraction de l’assimilation, assimilation qui a réduit au rang de minorité folklorique les Franco-Manitobains, eux qui formaient pourtant la majorité de la population du Manitoba au 19ième siècle3. Elle soutient aussi, continuant dans la négation pure du réel : qu’ « avoir obligé leurs enfants à apprendre l’anglais » est peut-être « le plus grand bien qu’on ait fait » dans les Prairies aux descendants des pionniers de la Nouvelle-France. Mais elle ne s’arrête pas en si bon chemin. La négation du réel ne sert, chez elle, que de tremplin vers le mysticime le plus absurde. Elle se réjouit, par exemple, de constater qu’un prêtre de l’Ouest parle anglais afin « de se faire comprendre de tous ». « Cela, ce n’est plus du Québec, mais c’est bien de la France sympathique et courtoise ».

Le mépris du Québec de Gabrielle Roy, à l’instar de celui de nombre de Canadiens, est réel, mais il se double de la fuite dans une France idéalisée.

C’est la pitié qui reste à la lecture de ses textes. Car enfin, on écrit bien pour être lu par quelqu’un. Mais que faire si nos lecteurs cessent d’exister?

1 Le rapatriement de la Constitution par Trudeau et l’imposition d’une Charte des droits afin de faire sauter des pans essentiels de la Loi 101 auront finalement eu raison des derniers « fédéralistes de bonne foi », ceux pour qui une réforme de la soi-disant « fédération » dans le sens des intérêts du Québec était toujours possible. Ne reste aujourd’hui que les « fédéralistes de mauvaise foi », c’est-à-dire ceux qui font semblant d’espérer, qui prétendent que le fruit n’est pas mûr, etc, qui se moquent de la culture comme de leur dernière chemise et qui n’adoptent cette posture idéologique que par intérêt personnel ou par appât du gain.

2 « Nous allons perdre les Rocheuses »; alors que les phénomènes géologiques se moquent bien des référendums!

3 Un présage des choses à venir au Québec.

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