Article de Nathalie Petrowski publié dans La Presse le 10 mars 2012
Évoquant notre «peur atavique d'être avalés tout rond par l'ogre anglais», LaRue explique que la peur, fort mauvaise conseillère, nous a toujours fait percevoir la menace à notre langue comme venant de l'extérieur, alors que la vraie menace vient de notre propre comportement linguistique, brouillon, cafouilleux, relâché, truffé de structures grammaticales bancales, de fautes de syntaxe, d'erreurs de sens et de calques de l'anglais. «Nous devrions logiquement avoir peur autant de cette menace d'implosion intérieure que de l'anglais», écrit-elle.
Sa thèse rejoint celle du poète Gaston Miron, énoncée il y a plus de 40 ans. Avant même que les Français de France ne se mettent à pimenter leur langue de parking, de shopping et de pressing, Gaston avait signalé le phénomène chez nous. Mais Gaston se fichait éperdument des bumpers, washers et wipers qui se glissaient le plus naturellement du monde dans nos conversations. Ce qui l'inquiétait, c'était les structures de notre langue, parasitées par les calques de l'anglais que nous reproduisions en toute insouciance. Je me souviens qu'il s'en était pris aux panneaux de signalisation sur les ponts et les autoroutes et avait dénoncé avec vigueur leurs traductions littérales de l'anglais. Gaston est mort, mais les panneaux et leurs formules absurdes, eux, sont toujours bien en place.
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