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« La France défend mal le français » (interview exclusive)

Lyonne.fr, 20 mars 2010, propos recueillis par Xavier Panon, entrevue avec Claude Hagège, linguiste de renommée mondiale.

Il rappelle la France à ses devoirs envers sa propre langue à l'occasion des 40 ans de la francophonie. Polyglotte, il sait de quoi il parle.

Claude Hagège (*) souhaite que le français soit mieux défendu à l’école et dans le monde.

La langue française est-elle en déclin ?

Non. Elle est en pleine progression, sauf en France, pays au monde qui aime le moins sa propre langue. Une ministre, Mme Pécresse, ose même dire publiquement que c’est une langue en déclin, alors qu’Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), est submergé de demandes d’adhésion !

Le français n’est-il pas menacé ?

Pas du tout, sinon par la profonde désaffection en France même. On est fasciné chez nous par tout ce qui est Américain, sans avoir la moindre idée de l’importance de notre langue. La menace c’est l’image que s’en font les Français, contrairement aux autres francophones des 70 pays membres de l’OIF.

Le français recule dans les organisations internationales ?

C’est l’anglais qui progresse là où il devrait être à égalité avec le français. Les anglophones ne se contentent d’ailleurs pas d’accroître la diffusion de leur langue. Ils ont aussi une attitude hostile et distillent cette idée du déclin de la langue française qui rencontre un écho en France.

Quel combat faut-il mener ?

Ce serait une illusion de vouloir supplanter l’anglais. Mais, pour éviter la domination mondiale de cette seule langue, il faut offrir un autre choix, donc promouvoir le français.

Un combat d’abord à destination des Français ?

Oui. Dans le contexte du débat sur l’identité nationale, le pouvoir voulait restreindre l’accession à l’identité à de nombreux immigrés sans tenir compte de la réalité linguistique. Or, nombre d’immigrés militent parfois davantage pour la langue française, expression de l’identité nationale, que certains Français eux-mêmes qui ont une pratique lamentable de leur langue.

Comment les convaincre des valeurs du français ?

À l’école en s’opposant à ceux qui veulent donner à l’anglais une place grandissante au détriment du français. Il est pourtant prouvé qu’on ne peut acquérir une langue étrangère si on n’a pas d’abord une solide connaissance de sa propre langue.

La Francophonie n’est-elle pas trop méconnue ?

Si. Je préconise d’ailleurs qu’à l’école on enseigne un français plus solide, ainsi que l’histoire passionnante de l’OIF. L’étonnante caractéristique de la Francophonie, sa singularité par rapport à l’organisation politico-économique du Commonwealth, c’est qu’elle a été fondée sur la langue. Et non par la France, mais par quelques hommes d’État des pays francophones à l’aube de leurs indépendances.

Le président Sarkozy vous a invité aujourd’hui à l’Élysée. Qu’auriez-vous envie de lui dire ?

Donnant une conférence à l’Université des Bistrots à Corbigny (58, Nièvre), je serai absent. J’aimerais lui dire qu’on ne peut affirmer l’importance du français et de la Francophonie tout en laissant un ministre promouvoir l’anglais sans se préoccuper du français, ou un autre couper les budgets des services culturels ou des Alliances françaises dans le monde. Nous verrons si la création de l’institut Victor-Hugo compense les coupes budgétaires observées ailleurs.

(*) Professeur Honoraire au Collège de France, Claude Hagège a publié de nombreux ouvrages dont Le dictionnaire amoureux des langues. Éditions Plon-Odile Jacob 2009.

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