Canoë Infos - 12 mars 2010
SAINT-LAMBERT - Il est plutôt rare qu’un anglophone se plaigne que sa municipalité ait recours à l’anglais. Mais c’est le cas de Jeffrey George, un résident de Saint-Lambert depuis 1993, qui enseigne l’anglais, langue seconde, à des francophones dans trois écoles à Côte-des-Neiges.
«Je fais une distinction entre le bilinguisme personnel et vouloir respecter la minorité anglophone, et le bilinguisme systématique dans les bulletins municipaux, le site web, etc. Ça me donne comme message que je n’ai pas besoin d’apprendre le français parce que tout est disponible en anglais», dit Jeffrey George.
Rien n’empêche Saint-Lambert, dit-il à titre d’exemple, de traduire Riverside par Bord-du-fleuve comme à Montréal pour les avenues des Pins et du Parc. «Pourquoi ne devrait-on pas inscrire Bord-de-l’eau sous Riverside? Pourquoi un poids deux mesures? Je n’accepte pas ça», déclare-t-il en rappelant que Saint-Lambert n’a même pas le statut d’une ville bilingue.
Une population à majorité bilingue
Les chiffres de Statistiques Canada de 2006 indiquent en que la population de Saint-Lambert est majoritairement bilingue. Parmi les 21 050 habitants, 14 475 s’expriment dans les deux langues. Ils sont 3205 qui ont comme langue maternelle l’anglais, et de ce nombre, 1275 parleraient exclusivement la langue de Shakespeare.
Pour M. George, il existe une équation entre avoir une langue commune et la cohésion sociale. «Si l’on veut avoir une cohésion sociale, il ne faut pas simplement apprendre la langue de la majorité pour se limiter à l’apprendre, mais plutôt pour mieux tenter de comprendre l’autre», fait-il observer non sans écorcher au passage des francophones qui s’adressent aux immigrants en anglais.
Évoquant le fait anglophone en Amérique du Nord, l’intéressé ajoute que s’il y a une langue qui est en danger, c’est bien le français.
Invité à réagir, le maire Philippe Brunet reconnaît qu’il y a «une bonne quantité de documents qui sont traduits à la Ville, mais certainement pas 100 %».
«Le fait de faire traduire nos documents n’empêche nullement le rayonnement du français. Nous le faisons par respect pour l’ensemble de notre population. Et traditionnellement, Saint-Lambert a toujours eu un caractère bilingue», dit M. Brunet, en ajoutant que «pour l’instant on ne change rien».
Le président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault, dénonce cette prise de position. «Les élites politiques ont un rôle primordial à jouer non pas seulement pour la protection de la langue française, mais aussi au niveau de son rayonnement», dit-il. M. Perreault ajoute que le «courant de défrancisation qui n’est pas sans avoir des conséquences sur la municipalité.»
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