LCN - le 21 novembre 2009
« Par son inertie, Jean Charest menace la paix linguistique au Québec, selon la chef du Parti québécois (PQ), Pauline Marois.
Ainsi, le premier ministre remue les braises du désordre social, en ne prenant pas ses responsabilités pour faire du français la véritable langue d'usage à Montréal, a estimé, en substance, la chef péquiste, dimanche, au terme d'un colloque sur l'identité québécoise qui a réuni 500 militants de son parti à Montréal, tout le week-end.
Car en refusant d'envoyer un message clair sur la place du français au Québec, le premier ministre Charest attise la colère d'un nombre croissant de Québécois francophones, mécontents de voir le tapis linguistique leur glisser sous les pieds à Montréal, que ce soit par exemple dans les commerces, les garderies, au cégep et dans leur milieu de travail, a commenté la chef souverainiste, en conférence de presse.
« Il y a des gens qui sont de plus en plus choqués quand ils voient la façon dont on traite le français à Montréal. L'inertie et l'inaction, aussi, cela amène de l'opposition et de l'objection et des problèmes sociaux », a fait valoir Mme Marois.
Son porte-parole sur les questions de langue, le député Pierre Curzi, avait donné le ton, un peu plus tôt, en point de presse, en disant qu'il fallait agir pour éviter de «retomber dans une guerre linguistique que personne ne souhaite».
Pauline Marois s'est donc engagée à prendre tous les moyens pour renforcer la Loi 101, si elle forme le prochain gouvernement.
C'est là la meilleure façon, à ses yeux, d'assurer la paix sociale entre les différents groupes linguistiques.
« Il faut absolument faire reculer l'anglais à Montréal », croit-elle.
Adoptée il y a 32 ans, la loi 101, qui a notamment rendu obligatoire la fréquentation de l'école française pour les enfants d'immigrants, a été un levier « puissant » pour assurer la paix linguistique à Montréal, en rassurant les francophones et en reconnaissant les droits des anglophones.
« Quand les choses sont claires, c'est toujours préférable », a-t-elle conclu, en ne cachant son désir de recentrer le parti sur la promotion du français et l'affirmation identitaire.
Or, « Jean Charest se fout complètement de l'application de la Loi 101 », selon elle.
Plus tôt, lors d'une allocution devant ses militants, Mme Marois avait dit qu'il fallait faire preuve d'ouverture aux étrangers et se montrer accueillants, « mais jamais au prix de l'effacement de soi ».
Mais la radicalisation de son discours en matière linguistique n'a cependant pas franchi le seuil des cégeps, car la chef péquiste refuse toujours de se prononcer sur la pertinence d'obliger les francophones et les allophones à fréquenter le cégep en français.
Pourtant, son parti s'est clairement affiché en faveur de cette avenue, au cours du week-end.
Quant aux services de garde, le PQ veut offrir «l'égalité des chances» aux enfants d'immigrants, en prévoyant un apprentissage du français qui les préparera à entrer à la maternelle.
Le monde du travail apparaît à Mme Marois comme un secteur où il faudrait intervenir en priorité.
« Si les citoyens de Montréal peuvent travailler n'importe où en anglais à Montréal, et non pas avoir une connaissance du français. S'il y a plein de commerces qui peuvent opérer sans se sentir du tout concernés par la langue de la majorité, c'est un vrai problème aussi », a-t-elle considéré.
La ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, n'a pas tardé à réagir pour trouver « démagogique » la sortie de Mme Marois.
Elle juge que, contrairement à ce que la chef péquiste prétend, le gouvernement est « très proactif », sur le terrain pour promouvoir le français et sera «encore plus proactif».
« On travaille activement et on est cohérent dans notre démarche », a-t-elle ajouté, lors d'un entretien téléphonique, en faisant valoir que le gouvernement avait augmenté les budgets de l'Office de la langue française et ceux de la francisation des immigrants.
Le colloque du PQ était le premier de trois événements conçus en vue de préparer le prochain programme du parti, qui sera adopté lors du congrès de juin 2011.
Le prochain portera sur l'économie et le développement durable, l'autre sur les politiques sociales. »
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