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Libre opinion - Le cégep français pour tous

Michel Moisan, professeur de physique à l'Université de Montréal a fait parvenir ce texte au MMF le 21 octobre 2009 suite à la lecture de Les lunettes roses d'Yves Beauchemin, texte paru dans Le Devoir. Le texte de Michel Moisian fut écrit et publié dans la revue Action nationale en 2001.

La langue française ne deviendra vraiment le moteur de la vie collective au Québec que le jour où la très grande majorité des allophones l'utiliseront comme première langue de communication
dans leur contact avec l'extérieur de leur communauté d'origine et dans leur vie professionnelle.

Avant la Loi 101, qui oblige à fréquenter l'école primaire et secondaire en français, l'intégration des allophones au français était de 20 à 30 % alors qu'elle atteint maintenant 67%. Ce progrès montre, certes, l'efficacité des diverses mesures de la Charte de la langue française, mais ce pourcentage est encore loin du but visé, c'est-à-dire un degré d'intégration au moins égal au pourcentage actuel de la population de langue française (82%). Aussi longtemps que l'intégration des allophones n'atteindra pas ce niveau minimum souhaitable, il va de soi que nous assisterons à une érosion des parlants français au Québec : ceci est une réalité incontournable qu'il ne sert à rien de nier ou de détourner par des discours alambiqués ou de pseudo-réconfort.

L'intégration se fait à la fois par le milieu professionnel et par le milieu social. Or, de plus en plus d'allophones choisissent d'étudier en anglais au collégial, comme le montre la courbe de fréquentation du Cégep anglais par les allophones ayant poursuivi leurs études secondaires en français (MEQ, 1999). De plus, il est démontré que la fréquentation du collégial anglais conduit inexorablement à l'université anglaise : en 1999, 51.5 % des allophones ont intégré une des universités anglaises du Québec. Par ailleurs, nous pouvons constater que de plus en plus de francophones sont eux-mêmes attirés par le Cégep anglophone alors que les anglophones ayant poursuivi leurs études secondaires en anglais ignorent totalement le Cégep francophone, comme le montre notre tableau. Pour accroître le nombre de ceux qui optent à la longue pour le français comme langue courante, un bon moyen serait de rendre obligatoire la fréquentation du collégial français, sauf pour ceux et celles qui étaient admissibles à l'enseignement secondaire en anglais. De plus, pour être cohérent et adopter un comportement national normal, on pourrait rendre également obligatoires, tout au moins pour un premier diplôme, les études universitaires en français. Ainsi, au cours de cette formation universitaire de base, l'étudiant, francophone ou allophone, serait aussi bien amené à connaître la terminologie de sa discipline et à en maîtriser les fondements en français qu'à partager le courant francophone qui l'anime et le cercle des relations nationales et internationales qui l'accompagnent. Par la suite, des études dans une autre langue pourraient apporter un précieux complément à cette formation initiale.

L'extension de la Loi 101 au Cégep fait l'objet d'un débat dans une partie de la population et constitue une pierre d'achoppement majeure au PQ. Selon Louise Beaudoin (Le Monde, 14-15 janvier), Lucien Bouchard a démissionné parce qu'« Il savait que l'on serait obligé au prochain congrès national de batailler à nouveau sur la question linguistique ». À rencontre d'un Lucien Bouchard affirmant qu'il a tout fait pour faire avancer la cause souverainiste, il faut mettre de l'avant qu'il a vraiment empêché la progression du français comme langue commune au Québec. En fait, l'impression qui ressort de ses positions sur ce sujet incite à penser qu'il n'aurait pas fait voter la Loi 101 par son gouvernement s'il avait eu à le faire. On sait, d'ailleurs, qu'il a déjà donné les directives nécessaires (répercutées par L. Beaudoin et M. Malavoy) pour que la proposition d'un Cégep français pour tous (excluant les anglophones reconnus comme tels) ne soit pas retenue aux États généraux de la langue française alors que divers groupes, y compris bon nombre de militants du PQ, soutiennent une telle perspective d'avenir. Reconnaître que la généralisation du français comme langue de la très grande majorité des Québécois peut être un appui à long terme à la cause de la souveraineté semble assez évident; cependant, il ne faudrait pas oublier que cette indépendance
n'est pas assurée et que, en l'absence de celle-ci, le renforcement de cette langue collective, finalement pratiquée par tous, permettrait de mieux assurer la survie de notre peuple en Amérique du Nord, compte tenu de notre encerclement par le Canada et les États-Unis et de la mondialisation des échanges.

La Charte de la langue française actuelle n'est pas suffisante
: une nouvelle étape dans notre combat pour survivre comme parlants français nous impose d'exiger au minimum le Cégep en français pour tous. Il serait dans l'intérêt des universités françaises du Québec de prendre position en faveur de cet amendement essentiel à l'établissement du français comme langue commune à tous les Québécois.

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